« Il faut savoir ce que l’on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. » Avec un budget 2027 rejeté sans une seule voix pour, l’Assemblée a surtout montré qu’elle ne savait plus ce qu’elle voulait.
En effet, Mercredi 4 novembre au soir, l’Assemblée nationale a rejeté la partie recettes du projet de loi de finances 2027 par 458 voix contre 0. Trois semaines de débats et des centaines d’amendements ont accouché d’un texte que même les députés du bloc central ne voulaient plus défendre. La taxe stablecoins votée à une voix près le 16 octobre disparaît avec lui.
Le projet repart maintenant au Sénat dans la version initiale déposée par le gouvernement Lecornu début octobre. Tout ce que les députés avaient ajouté, retiré ou bricolé en séance est effacé.
- L’Assemblée nationale a rejeté la partie recettes du projet de loi de finances 2027 par 458 voix contre 0, un événement historique qui a effacé trois semaines de débats et d’amendements.
- Le rejet de ce projet a conduit à la disparition de la taxe stablecoins, laissant le texte initial du gouvernement revenir au Sénat sans les modifications des députés.
Comment le budget 2027 finit sans une seule voix
Le résultat a de quoi surprendre, mais la mécanique est connue. Depuis l’ouverture des débats le 13 octobre, chaque groupe a fait adopter des amendements contre l’avis du gouvernement, souvent avec des majorités de circonstance. Le 15 octobre, l’article 3 sur l’abattement des retraités sautait par 116 voix contre 30. Le lendemain, la gauche arrachait sa taxe sur les conversions en stablecoins. Et ainsi de suite, pendant trois semaines.
À l’arrivée, le texte ne ressemblait plus à rien. « Indigeste », « sans cohérence », « contradictoire », selon les mots relevés par LCP dans l’hémicycle le 4 novembre. La gauche jugeait les recettes insuffisantes, la droite et le Rassemblement national dénonçaient une avalanche d’impôts, et le bloc central refusait de porter un budget qu’il ne reconnaissait plus. Chacun avait sa raison de voter contre.
L’Assemblée nationale a rejeté la partie recettes du budget 2027 par 458 voix contre 0 le 4 novembre.
Vous aviez suivi les reports successifs du vote ? Il devait avoir lieu le 3 novembre, puis a glissé. La première partie du PLF 2027 est finalement tombée le lendemain, treize jours avant la date butoir du 17 novembre à minuit fixée par la Constitution pour la première lecture à l’Assemblée.
La taxe stablecoins repart à zéro avec les amendements crypto
Pour les détenteurs de cryptomonnaies, le rejet du budget 2027 a un effet immédiat. L’amendement I-3898 de Nicolas Sansu supprimait le sursis d’imposition sur les échanges de cryptos contre des stablecoins conformes à MiCA (le règlement européen sur les cryptoactifs). Convertir du bitcoin en USDC serait devenu un fait générateur d’impôt au 1er janvier 2027, à la flat tax de 31,4 %. Adopté par 38 voix contre 37, le dispositif n’aura vécu que dix-neuf jours.
Même sort pour les cinq amendements crypto adoptés en commission des finances. Le Sénat n’en verra aucun : il reçoit le texte du gouvernement, pas celui des députés. Le dossier législatif de l’Assemblée nationale le confirme, la navette repart de la copie d’origine.
Rien n’interdit aux sénateurs de réintroduire une fiscalité des stablecoins par amendement. Mais la majorité sénatoriale de droite et du centre a rarement suivi les amendements fiscaux du groupe communiste. Les chances de la voir revenir par la chambre haute sont minces. Elle pourrait en revanche resurgir en commission mixte paritaire, ou dans une nouvelle lecture à l’Assemblée, si le texte y revient un jour.
49.3 ou loi spéciale : les issues qui restent à Sébastien Lecornu
Le calendrier constitutionnel ne s’arrête pas pour autant. Le Parlement dispose de 70 jours au total pour se prononcer sur un budget, soit jusqu’à la mi-décembre. Le Sénat a 20 jours pour sa première lecture. Ensuite, trois chemins restent ouverts au Premier ministre, et aucun n’est confortable.
Le 49.3 d’abord, que Sébastien Lecornu avait déjà posé sur la table fin octobre quand le vote des recettes glissait une première fois. Il permet de faire adopter le texte sans vote, au risque d’une motion de censure dans une Assemblée où aucune majorité n’existe. Les ordonnances ensuite, si le délai de 70 jours expire sans vote, une arme jamais utilisée sous la Ve République pour un budget. La loi spéciale enfin, ce texte d’urgence qui autorise l’État à percevoir les impôts existants sans nouveau budget. La France y a eu recours en décembre 2024 après la chute du gouvernement Barnier. Le budget 2026 avait lui-même fini par passer sans vote au Parlement.
Le contexte social n’aide pas. Ce jeudi 5 novembre, les syndicats appellent à une journée de grève contre la vie chère, avec une inflation à 3,4 % en octobre. Difficile d’imaginer un gouvernement engager sa responsabilité sur un budget d’austérité le soir même d’une mobilisation nationale.
Les marchés regardent tout cela avec un calme relatif. Le spread entre l’OAT française et le Bund allemand restait autour de 160 points de base début novembre, loin du pic de 175 points du 22 octobre, et la charge de la dette inscrite au PLF 2027 atteint 91,2 milliards d’euros. Le Sénat ouvre l’examen du budget de la Sécurité sociale le 9 novembre. Celui de l’État suivra, avec un texte que l’Assemblée vient de désavouer à l’unanimité.


