Le cuivre de Londres atteint un niveau historique ! L’arbitrage des droits de douane provoque un short squeeze sur le marché londonien, tandis que la réduction de la production des grandes mines accentue la pression sur l’offre.
Le prix du cuivre a atteint un record historique à la Bourse des métaux de Londres, sous l’effet conjugué des anticipations de droits de douane et des difficultés d’approvisionnement des mines, reflétant les profondes contradictions structurelles auxquelles fait face ce métal industriel clé.
Lundi dernier, le contrat à terme de référence sur trois mois du cuivre à la Bourse des métaux de Londres a progressé en séance jusqu’à 0,8 %, atteignant 14 533 dollars la tonne, dépassant ainsi le précédent record historique établi en janvier de cette année, avant de réduire quelque peu ses gains ; au moment de la publication, le prix du cuivre à Londres augmentait de 0,73 %.

Depuis le début de l’année, le prix du cuivre a déjà progressé de 17 %, et la hausse sur les douze derniers mois atteint 47 %. Ce nouveau record intervient alors que les marchés américains sont fermés pour la fête du Travail et que l’aversion au risque domine, soulignant la force des moteurs à l’origine de cette hausse.
Cristián Cifuentes, analyste principal au sein du think tank industriel chilien Cesco, indique que cette phase haussière est "davantage alimentée par le déplacement des métaux sous l’effet des droits de douane que par une forte demande finale", ajoutant qu'"il s’agit essentiellement d’une pénurie locale, et non d’un excédent mondial de la demande".
Dans le même temps, l’offre mondiale de mines de cuivre subit une forte pression et, si le secteur ne parvient pas à une reprise notable au second semestre, le volume d’approvisionnement mondial en cuivre minier connaîtra en 2024 sa première baisse annuelle depuis 2017.
Anticipation des droits de douane : flux massifs de cuivre vers les États-Unis
Le principal catalyseur de court terme à l’origine de cette hausse réside dans les attentes persistantes du marché quant à un élargissement des droits de douane sur le cuivre par l’administration Trump. Depuis la première proposition officielle de droits de douane sur le cuivre faite par Trump en février de l’an dernier, le prix du cuivre sur le Comex (New York Commodity Exchange) s’est maintenu à un niveau nettement supérieur à celui du marché londonien, créant d’énormes opportunités d’arbitrage pour les opérateurs.
Des centaines de milliers de tonnes de cuivre ont ainsi été massivement acheminées vers les États-Unis cette année dans le but de profiter de cet écart de prix. Près de deux mois se sont écoulés depuis la date limite à laquelle le département du Commerce américain devait remettre son rapport sur la nécessité des droits de douane à la Maison-Blanche, mais ce rapport se fait toujours attendre et le marché continue d’intégrer le risque de droits de douane sur les importations de cuivre primaire.
Cette "opération droits de douane" a nettement réduit les stocks mondiaux. En août, le niveau des stocks physiques adossés aux contrats de cuivre du London Metal Exchange est tombé à un niveau critique, déclenchant un short squeeze massif.
Bien que l’arrivée de nouvelles cargaisons ait depuis partiellement réduit les tensions, le prix comptant du cuivre à Londres reste largement supérieur au prix à trois mois. Le marché demeure en situation de backwardation, preuve que l’offre immédiate reste tendue.
Déséquilibre de la structure des stocks mondiaux, disponibilité à court terme en forte baisse
Bien que le niveau total des stocks mondiaux de cuivre demeure suffisant, leur répartition géographique s’est fortement concentrée aux États-Unis, réduisant drastiquement la disponibilité dans le vaste réseau de stockage mondial du London Metal Exchange.
Ce déséquilibre structurel a comprimé la liquidité du marché à court terme, mettant sous pression les positions vendeuses et accélérant la hausse des prix du cuivre dans un contexte de demande finale encore timide.
Michael Cuoco, responsable des métaux chez StoneX Financial Inc., écrit dans une analyse que la combinaison d’une forte croissance de la demande et de difficultés d’approvisionnement "devrait accentuer la tension sur l’équilibre offre-demande dans les temps à venir et ainsi soutenir des prix du cuivre élevés".
À plus long terme, le vieillissement des grands complexes miniers mondiaux, combiné à une offre incapable de suivre la croissance de la demande des centres de données, des énergies renouvelables et de l’infrastructure électrique, constituent depuis longtemps l’argument structurel majeur des investisseurs haussiers sur le cuivre—un déséquilibre qui perdure actuellement.
Les difficultés d’approvisionnement des mines s’aggravent, les exportations chiliennes au plus bas depuis un an
Si la flambée du cours du cuivre profite aux principaux groupes miniers mondiaux, la pression du côté de l’offre s’intensifie.
Les chiffres publiés lundi révèlent que les recettes d’exportation de cuivre du Chili, premier producteur mondial, sont tombées en août à leur plus bas niveau depuis plus d’un an. Si le secteur ne se relève pas dans le courant du second semestre, la production minière mondiale de cuivre accusera en 2024 son premier recul annuel depuis 2017.
Rio Tinto Group, BHP Group, Glencore Plc et China Zijin Mining Group ont tous enregistré dans leurs derniers résultats financiers une forte progression de leurs bénéfices, grâce à la bonne performance de leurs activités cuivre.
Cependant, plusieurs grands groupes miniers ont dû faire face à des difficultés opérationnelles cette année, les contraintes structurelles du côté de l’offre n’ayant pas été soulagées par les prix élevés du cuivre.
À noter également que des prix élevés du cuivre pourraient, à terme, menacer la demande—car ils pourraient inciter les acheteurs en aval à rechercher des matériaux de substitution. Mais pour l’instant, cette pression latente de la demande ne semble pas freiner la hausse des prix du cuivre.
Enfin, la recrudescence des risques macroéconomiques et géopolitiques au niveau mondial, combinée à la hausse du coût de la dette aux États-Unis, qui pèse sur les secteurs industriels à forte intensité de capital, représentent également des vents contraires potentiels pour les perspectives du cuivre.
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